TSA, TDHA, troubles dys et ostéopathie


Apports du toucher liquidien

Les troubles du spectre de l’autisme (TSA), les troubles déficitaires de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDHA), ainsi que l’ensemble des troubles dits « dys », dont les dyspraxies, ne relèvent pas d’une maladie au sens classique du terme. Ils correspondent à des situations de handicap, parfois discrètes, parfois silencieuses, mais toujours singulières dans leur expression. 

Deux approches permettent aujourd’hui de les considérer sans enfermer les personnes concernées dans des impasses thérapeutiques.

La première consiste à analyser ces troubles comme des anomalies du neurodéveloppement. Dans ce cadre, les personnes sont reconnues en situation de handicap et bénéficient d’une prise en charge adaptée, tant sur le plan social que médical. Cette lecture, nécessaire dans de nombreuses situations, conduit néanmoins à considérer ces particularités comme des pathologies.

La seconde approche envisage ces troubles comme l’expression d’un neurodéveloppement spécifique, différent, parfois difficile à intégrer dans les organisations sociales actuelles. Cette perspective invite à écouter ces personnes dans leur mode propre de fonctionnement sensori-moteur, sans réduire leur singularité à une déficience. Elle ouvre également la possibilité de considérer que ces fonctionnements particuliers puissent contribuer à l’évolution de nos sociétés. 

C’est dans cette seconde perspective que s’inscrit mon travail. J’émets l’hypothèse que ces troubles sont liés, au moins en partie, à des modifications des processus de captation sensorielle. L’origine de ces particularités n’est pas établie de manière certaine, et il ne s’agit pas ici d’explorer l’ensemble des hypothèses existantes, nombreuses et parfois pertinentes, mais plutôt d’envisager leurs conséquences sur le fonctionnement corporel et perceptif.

Du fait de sa formation anatomique et physiologique, l’ostéopathe dispose d’outils d’observation spécifiques. Par le toucher, et plus particulièrement par ce que j’appelle un toucher liquidien, il devient possible de percevoir certaines anomalies de la sensorialité.

Ces perturbations peuvent concerner aussi bien l’extéroception — oralité, vision, odorat, audition, toucher — que l’intéroception, incluant la proprioception, la thermorégulation, la nociception et, plus largement, l’ensemble des fonctions autonomes du corps. L’enjeu consiste alors à identifier quelles modalités sensorielles sont impliquées et dans quelle proportion. 

Dans la pratique, lorsque les mains sont posées, une question simple guide l’observation :
« Mes mains communiquent-elles ? Oui ou non ? Et si oui, comment ? »

L’absence de communication tactile — par exemple lorsque la sensation rapportée est « je ne sens rien » — peut traduire une perturbation importante.
Lorsque la communication est présente, la qualité de cette communication apporte des indications supplémentaires.

Les mains se trouvent ainsi en relation directe avec la physiologie.
Dans un état de santé, l’information tactile perçue est libre, mobile, vivante.
Dans un état perturbé, elle devient contrainte, figée, parfois difficile à suivre.

Même si la comparaison a ses limites, ces phénomènes peuvent être rapprochés du fonctionnement d’une antenne. Lorsque la réception est altérée, le récepteur restitue des images ou des sons inhabituels, imprécis, dérangeants ou inattendus.

Chez les personnes neuroatypiques — ou neurodivergentes — les observations cliniques suggèrent que les captations sensorielles peuvent être augmentées, parfois très augmentées, diminuées, voire absentes, mais le plus souvent simplement différentes de celles observées chez les personnes dites neurotypiques. 

Il serait illusoire de considérer une thérapie manuelle comme un traitement des neurodivergences.
L’intérêt du toucher liquidien ne réside pas dans la correction d’un trouble, mais dans une meilleure compréhension du fonctionnement de ces personnes, dans l’identification des anomalies physiologiques et dans l’accompagnement du corps tel qu’il est.

Dans cette démarche, l’ostéopathe ne se substitue pas aux autres professionnels de santé.
Il agit comme partenaire, au sein d’une approche pluridisciplinaire, au service d’un accompagnement respectueux de la singularité de chacun.